vendredi 16 décembre 2016

La Perle et la Coquille, de Nadia Hashimi




Nadia Hashimi rejoint désormais le rang des écrivains afghans de talent, aux côtés de Khaled Hosseini.

Je me revois la semaine dernière, dans ma médiathèque, avec les deux romans de Nadia Hashimi, en train de dire «  de sacrés pavés ! » à l’attention de l’employée qui m’a répondu : «  ah mais quand c’est passionnant on ne voit pas les pages défiler ! ».

Hé bien oui, ce fut le cas pour La Perle et la Coquille. Je n’ai pas senti le poids du pavé tellement sa lecture a été prenante.

Un magnifique roman de femme, pour les femmes. Les afghanes et les autres. Toutes celles qui vivent dans une société patriarcale, où leur existence est tolérée à condition qu’elles remplissent leur part de marché, engendrer des fils…

Sans enfants, elles ne sont que fardeaux, des bouches de plus à nourrir. Celles-là ont un avenir tout tracé, celui d’être des domestiques. Quoique, même mariées et mères elles le sont, des domestiques, pour leur époux, leur belle-mère, les autres épouses. Une vie de labeur entre quatre murs, usées et maltraitées.
Lorsque des traditions sont aussi ancrées dans une société, il est très difficile d’en sortir, surtout quand tout contribue à maintenir un carcan en place. La faute aux hommes qui ont peur de se faire doubler, mais aussi aux femmes qui perpétuent ce qu’elles ont vécu, comme si leur destin était immuable.

Cette histoire relate tour à tour un morceau de vie de deux femmes, l’une ayant vécu au début du 20ième siècle, et celui de son arrière-arrière-petite- fille. En un siècle peu de choses ont changé dans le quotidien de la majorité des afghanes. Toujours les mêmes obligations, la même obéissance, la même soumission.

Le mérite de ce livre est aussi de m’avoir fait connaitre la tradition du «  bacha posh », qui consiste à déguiser de petites filles en garçons, dans les familles qui ont eu le grand malheur de ne pas avoir de fils, afin qu’elles puissent  accomplir certaines choses normalement interdites aux filles. Aider à faire les courses, travailler, escorter leurs sœurs si elles doivent sortir de la maison..

Etre bacha posh est une fenêtre de liberté pour ces fillettes qui goûtent enfin au monde des garçons. Tour leur est alors possible : courir dans la rue, jouer au ballon, aller à l’école et plus de corvées domestiques.

Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, il faut un jour redevenir fille, avec tout ce que cela implique. Il faut alors apprendre à être femme et se préparer au mariage.

Certaines scènes dans ce roman sont très dures, cruelles, poignantes, à l’image de ces vies malmenées. C’est un vibrant témoignage de tous ces destins qui se répètent, mais c’est aussi un hommage à la force et au courage des femmes qui osent relever la tête, celles qui veulent un avenir meilleur pour leurs filles, celles qui bravent l’ordre établi pour gagner un morceau de liberté.

Merci à Nadia Hashimi d’avoir été le porte-parole de ces millions d’ombres bleues réduites au silence…








Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire