jeudi 7 février 2019

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mercredi 6 février 2019

Hermès 2076, Eléa Martinez




Derrière ce titre énigmatique qui évoque un futur à l’échelle d’une génération, se cache un récit de science-fiction qui m’a ravie par sa richesse.

L’auteure nous plonge au cœur de ce futur lugubre qui nous attend si nous ne faisons rien pour changer le cours de l’évolution. Une dystopie aux descriptions détaillées, un travail de documentation qui prend en compte notre situation actuelle, notamment toutes ces avancées technologiques qui paraissent pour certains tellement séduisantes, mais qui risquent fort d’avoir à plus ou moins long terme un revers beaucoup moins reluisant. L’auteure extrapole alors le glissement plus que probable qui attend nos sociétés, notre environnement, et à terme toute la planète. La folie humaine n’a pas de limites.

Toute cette noirceur est habilement contrebalancée par le cœur de ce récit : Lydie.

Lydie, femme singulière, forte, combative, pleine d’amour et éprise de liberté. Elle est issue d’une lignée d’exception et aura un destin incroyable, fantastique.

Entourée de ses proches, elle illumine ce récit, apaise, donne espoir. 

Eléa Martinez déroule son histoire d’une plume sensible, poétique, généreuse. Une vraie chaleur émane de ce roman, un amour immense pour la nature, sa faune et sa flore, la planète Terre, cette merveille qui nous abrite avec toutes ses richesses. 

J’ai trouvé les idées qui sont développées dans ce roman très intéressantes, et la théorie sur l’origine de l’humanité tout à fait plausible. Je me suis aussi sentie en phase avec cet amour qu’à notre héroïne pour la nature et la nécessité de protéger la Vie.

Il y a également un côté fantastique non négligeable dans ce roman. Il y tient une place de choix qui m’a passionnée ! Allez, quelques indices: Une créature mystérieuse, entourée de secrets et aux pouvoirs prodigieux fait son apparition. Elle a un rôle crucial à jouer aux côtés de notre jeune Lydie, et on sent bien que même à la fin de la lecture tout n'est pas élucidé à son sujet.  Mais je n’en dirai pas plus…

C’est une dystopie, donc par définition c’est un tableau sombre que nous avons-là. Malgré cela, tout compte fait, je trouve que  « Hermès 2076 » est un roman lumineux. Cette lecture m’a donné envie de me reconnecter à la nature, de prendre le temps de me balader en forêt, d’écouter l’eau des ruisseaux, le chant des oiseaux, et surtout de connaitre le nom et les vertus des plantes ! Une invitation à l’introspection, la nécessité d’ouvrir les yeux et de se concentrer sur l’essentiel, avant qu’il ne soit trop tard.

Quelques secrets de ce tome-ci restent à élucider et une promesse d’aventures extraordinaires nous attend certainement dans le tome 2, qui sera, je l’espère, disponible avant la fin de l’année.

Pour finir, j’ai noté qu’un mot revenait très souvent dans ce récit. Ce mot est «  magnifique ».

Et je décide d’en faire le mot de la fin :

MAGNIFIQUE.





mercredi 30 janvier 2019

Défi d'écriture du mois de janvier 2019 sur Babélio



Thème: Rentrer dans une case

 

Ma vie toute entière se déroule dans une case. 

Je vis dans une société surpeuplée, polluée. Une terre limitée.

Pour contenir tout ce flot et assurer une discipline productive, nous devons nous soumettre, entrer dans le moule.

J’ai autrefois connu la joie de la liberté. C’était il y a si longtemps qu’on dirait un rêve.

De la naissance à l’âge de trois ans, ma vie fut belle, insouciante, épanouie.

Puis les règles ont fait leur apparition. Contraintes, obéissance, soumission.

Aujourd’hui je suis adulte et je suis rodée. A force de courber l’échine, je ne relève plus les yeux.

Les jours se succèdent et se ressemblent.

Je me lève, je m’extrais de ma case, pour me glisser dans la rame du métro, tube souterrain qui me conduit à mon lieu de travail. Là je reste dans mon box jusqu’à la tombée de la nuit. Derrière mon écran, j’exécute les tâches qui me sont assignées.

Obéissance, politesse. Je ne suis rien.

Le soir j’effectue le trajet en sens inverse, pour retrouver ma case.

Il est tard, je vais me coucher. Bien rangée sur mon matelas, alignée comme mes voisins, je referme ma bulle.

L’hôtel capsule semble complet ce soir.

Naoko, tokyoïte, 2019.

mardi 29 janvier 2019

Défi d'écriture du mois de décembre 2018 sur Babélio


ThèmeChauds les marrons

 



Recroquevillée sur moi-même, le dos contre la paroi de notre grotte, j’attends.

Mon ventre vide ne me laisse aucun répit, se rappelle sans cesse à mon esprit, s’impose dans mes pensées.

Je resserre la fourrure de bête autour de moi, attentive aux bruits qui m’entourent.
Ma mère reviendra-t-elle les bras chargés de baies ? De racines ?
Mon père arrivera-t-il à capturer du gibier ?

C’est peu probable. Depuis quelques jours, le froid s’installe et l’hiver sera bientôt là. Les esprits de la forêt semblent nous avoir abandonnés.

Mon regard se pose sur le tas de marrons devant l’entrée de la grotte. J’en ai ramassé une pleine brassée ce matin. Ces petits cailloux marron enveloppés de piquants sont amusants. Certains sont nus, lisses et parfaitement inutiles, comme les glands.

Je pensais m’en servir comme projectiles pour éloigner les animaux, mais après tout quel intérêt, puisque nous allons mourir de faim…

Je me lève pour voir si mes parents reviennent. Il commence à faire nuit, et le silence me fait peur.
Je rajoute quelques brindilles dans le feu qui brûle près de l’entrée et m’assieds à côté.
Je saisis distraitement un caillou marron et le jette dans les flammes, puis un autre et encore un autre.

Au bout de quelques minutes, des claquements secs se font entendre au cœur du brasier, me faisant sursauter ! Un de ces cailloux roule vers moi, tout fumant.

Le feu l’a ouvert, révélant sa chair granuleuse, odorante, appétissante.

Se pourrait-il qu’il se laisse manger à présent ? Il faut que je goûte, mon ventre me le commande.
Prudemment, j’extrais ce qu’il y a à l’intérieur, juste une petite pincée. 

Le goût est curieux, nouveau, bon.

Je reproduis la même expérience avec les autres cailloux, et bientôt je me sens mieux. 

Ravie de ma découverte, je décide de préparer un petit monticule de marrons chauds.
Si mes parents reviennent bredouilles, ils seront heureux de se rassasier avec mes cailloux. 

Peut-être ne mourrons-nous pas de faim, finalement. 

PS : Ce soir, mon père est revenu avec un gros oiseau, que nous avons décidé d’appeler dinde. Nous l’avons dégustée avec mes marrons chauds.



lundi 28 janvier 2019

Pourquoi j'ai mangé mon père, de Roy Lewis






En lisant le titre et en voyant la tête de l’homme préhistorique de la couverture, pas de mystère, on sait comment l’histoire va se terminer.

Ok, mais pourquoi en arriver là ? 

Tout le récit est centré sur la vie d’une famille de mi-singes, ou mi-hommes. Il y a les parents, les enfants, les tantes, les oncles, puis plus tard les belles-filles. Tout ce beau monde est en pleine évolution.

Le père, Édouard, est un précurseur de son espèce, un inventeur de génie qui n’a qu’une idée en tête : évoluer. Il veut améliorer leurs conditions de vie et ne cesse de réfléchir à toutes sortes de techniques pour y arriver.

Au fil du récit, on découvre les différents personnages, chacun son caractère, sa vision de la vie, ses aspirations, et on se rend vite compte qu’ils représentent un panel de la société humaine, quelle que soit l’époque. 

Mon personnage préféré est l’oncle Vania, un des frères d’Édouard. C’est une brute plus mi-singe que mi-homme et qui n’a qu’une devise «  Back to the trees ». Totalement opposé à toute forme de progrès et prônant les bienfaits d’une vie dans les arbres et un régime végétarien, il n’hésite cependant pas à s’inviter régulièrement dans la caverne de son frère et à se remplir la panse de viande tout en se réchauffant auprès d’un bon feu. 

Roy Lewis nous offre ici un récit plein d’humour, et joue à fond la carte de l’anachronisme.

Imaginez une horde d’hommes en devenir, à l’aspect de singe et au langage moderne, pour ne pas dire soutenu, ayant des conversations d’intellectuels. Leurs comportements dans certains domaines, et leur gestuelle restent cependant très archaïques, en accord avec leur aspect physique.
On bascule donc sans cesse de l’homme à l’animal et vice versa. On passe de conversations où se mêlent les réflexions les plus fines sur l’évolution des espèces, la nécessité du progrès, de la domination sur le monde, les conflits… etc. à l’acte final de meurtre et de cannibalisme. 

Un roman court, de moins de 200 pages, mais qui représente une belle étude sociétale pleine d’humour et une bonne documentation sur les origines de l’évolution humaine. 



mardi 1 janvier 2019

Toyotomi Hideyoshi, Le rêve du Singe, de Charles-Pierre Serain





Après «  Oda Nobunaga », du même auteur et chez le même éditeur (ma chronique ici), nous voici avec le tome 2 d’une trilogie historique qui se déroule dans le Japon du 16ième siècle.

Dans cette fresque, nous faisons connaissance avec les trois grands unificateurs de l’empire nippon. Trois grands personnages hors du commun dont l’ambition était de mettre fin aux guerres de clans, d’assurer paix et prospérité à l’ensemble de la population et de prendre possession du commandement ultime.

Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi et… le troisième tome est en cours d’écriture !

Toyotomi Hideyoshi était une personnalité vraiment singulière, un homme qui contrastait avec son entourage à tous points de vue. 

Contrairement aux grands Seigneurs de son temps, lui était au commencement un simple paysan, miséreux, maltraité et ayant un physique ingrat qui accentuait son insignifiance. Les autres guerriers étaient tous descendants d’une lignée de guerriers, suivant un héritage immuable, élevés dans le respect strict des codes de leur classe.
Lui n’était rien mais il possédait une telle volonté qu’il bouscula un destin tout tracé, et se mit en travers du chemin du Seigneur Oda Nobunaga.

De simple porte-sandales, il gravit patiemment, avec intelligence et ruse, tous les échelons d’une ascension fulgurante, jusqu’au sommet du commandement.

Une partie du roman retrace la vie de notre héros, aux côtés de son Seigneur Oda. On y retrouve donc plusieurs références aux évènements vécus dans le premier tome, mais cette fois du point de vue de Hideyoshi, ce qui apporte une autre perspective au récit. 

Ayant lu le premier tome il y a 5 ans de cela, je n’avais plus que de très vagues souvenirs. Je conseille donc aux nouveaux lecteurs de lire ou relire le premier volet, afin d’être dans la cohérence du récit, même si ce roman peut très bien être lu indépendamment. 

Je dois dire que j’ai ressenti beaucoup de sympathie pour ce petit homme si plein d’audace, de gaieté et d’humanité. Ce fin stratège n’a pas hésité à révolutionner les techniques de guerre, en privilégiant la diplomatie à la force destructrice, et à employer les ninjas, ces mercenaires à la mauvaise réputation, afin d’en faire sa police secrète.

Ce qui m’a fait sourire, c’est qu’il contrastait même dans le domaine de la décoration d’intérieur ! Lui employait des boiseries et tatamis clairs au lieu du sombre habituel, donnant plus de luminosité et d’ouverture à ses châteaux.

Charles-Pierre Serain a donné vie à celui que l’on nommait Le Singe, à cause de son sourire simiesque. Il nous a entrainés dans le sillage de ses combats, ses négociations, ses victoires ou ses défaites, parfois. J’ai aimé les moments d’intimité avec ses proches, ses moments de doute, les années qui passent, les épreuves de la vie…

En bref, c’est un roman historique fort intéressant, avec un personnage central attachant. Un récit riche et mouvementé qui m’a appris quantité de choses sur ce bout du monde à l’époque féodale.

Bonne lecture !